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Petrus, ce n'est pas qu'un vin...

183.jpgDepuis plus de 30 ans, mon cher ami Jean-François Moueix et moi partageons une certaine éthique du vin. Aussi talentueux que discret, il est aujourd’hui Président de la holding familiale, Videlot, et a laissé la direction opérationnelle de son groupe à son fils, Jean. Ce dernier poursuit dans la même voie, avec une volonté forte, sociale comme entrepreunariale, de poursuivre l’aventure.183-2.jpg

Il faut dire qu’en trente ans, Jean-François a construit un empire : aujourd’hui, Videlot repose sur une large gamme de services : auprès des professionnels, à l’export, avec Duclot Export, d’une part, et dans la restauration française, d’autre part, à travers La Vinicole Duclot basée à Paris ; et auprès des particuliers avec Chateaunet, la vente en ligne, les magasins spécialisés tels que Badie, Badie Champagne et l’Intendant à Bordeaux, ainsi que les enseignes de Châteaux Cash and Carry à Paris, et celle de Chai et Bar à Bruxelles.

À Paris, au sein même des Galeries Lafayette, la nouvelle Bordeauxthèque se présente comme l’ambassade des plus grandes étiquettes du Bordelais.

Mais Jean-François est aussi le propriétaire de Petrus, qui fait partie des (rares) vins mythiques, à un prix lui aussi hors normes, certes. C’est l’archétype des grands crus où le terroir crée cette osmose exceptionnelle avec le cépage et les hommes et on comprend qu’il ne puisse qu’aiguiser la jalousie d’un bon nombre de producteurs médiatiques, libournais, médocains ou étrangers, qui ne peuvent, eux, faute de terroir et d’humilité, que se contenter de faire mariner à outrance leur vin dans des barriques en croyant qu’ils font une cuvée digne de ce nom.

"Lorsque l'on parle d'un vin, me confiait Jean-Claude Berrouet (aujourd'hui, à la retraite, très active, ce qui va peut-être lui laisser un peu de temps pour être plus présent dans son cher Pays Basque, son fils ayant pris la suite à Petrus), il faut d'abord présenter le sol, c'est lui qui lui donne son originalité, sa typicité et, à Petrus, l'originalité est particulièrement importante puisque l'on sort des sentiers battus bordelais. Ici, ce qui prime, c'est la rencontre de 2 argiles, une argile ancienne, bleue, arrivée dans la seconde moitié de l'ère tertiaire. Au Quaternaire, il y a eu des recouvrements graveleux, mais, à Petrus, ce sont des argiles noires gonflantes qui donnent la spécificité… Petrus (11,5 ha) est situé sur un plateau et plus précisément sur un mamelon argileux qui culmine à 42 m d'altitude, ce qui permet aux eaux de ruissellement de surface de ne pas stagner et d'aller vers le bas. Ainsi, il n'y a jamais d'excès d'eau mais l'une des vertus de l'argile est ce pouvoir de rétention d'eau, elle se comporte comme une belle éponge, et restitue l'eau lentement à la plante en période de sécheresse. Petrus, c'est aussi l'expression d'un cépage, le Merlot, qui s'épanouit pleinement sur ces argiles. C'est un vignoble très ancien. J'y suis arrivé en 1964 et j'ai connu une parcelle postphylloxérique qui avait été plantée en 1885. Il y a encore des parcelles plantées en 1957, mais la moyenne d'âge des vignes est de 35 ans. À partir de 1985, nous avons fait un gros effort de sélection massale en collaboration avec l'Inra et la chambre d'agriculture. Pour les replantations, nous avons réintroduit les vieux pieds de vigne sélectionnés et passés en Tests Elisa pour vérifier leur état sanitaire. Ainsi, nous avons reproduit les vieilles sélections qui avaient été choisies par nos anciens, auxquelles nous avons ajouté de nouveaux clones, de telle sorte qu'on laissera aux successeurs la population ancienne et la population moderne. La culture de la vigne est très traditionnelle à Petrus : on laboure 2 fois par an, on chausse et déchausse. Lesrendements varient de 25 à 39 hl/ha mais la moyenne se situe plutôt vers 35 hl/ha. Les vendanges sont manuelles, effectuées en cagettes avec un tri sévère effectué sur 2 tables de tri. La vinification est très traditionnelle avec des fermentations en cuves béton. Nous privilégions des extractions très mesurées, ainsi les cuvaisons ne sont pas très longues car nous souhaitons rester sur le fruit et des tanins soyeux. S'ensuit l'élevage durant 18 à 20 mois en fûts de chêne avec une proportion de bois neuf qui varie selon les millésimes (un peu plus de 50 %). Nous évitons le surboisage, toujours dans un souci permanent de préserver la spécificité du vin. Le vignoble est protégé en lutte raisonnée. Nous pratiquons depuis 1991 l'étude de la maturité phénolique en parallèle avec la maturité physiologique. Avec l'indice de maturité et la dégustation des baies, parcelle par parcelle, nous déterminons une date de vendange la plus précise possible, ce qui est un facteur primordial pour obtenir la meilleure qualité d'un vin. La force du terroir se retrouve aussi dans le potentiel d'évolution. Celui de Petrus est très important et tout le monde se souvient encore des fabuleux 1953, 1955, 1959, 1961 ou de l'exceptionnel 1947… Nous avons hérité d'un très grand terroir et cela est un privilège de la nature. Il y a une dizaine de parcelles qui ont des caractéristiques pédologiques propres, il existe une résonance du sol à un climat et, selon les millésimes, cela donne des variations (20 à 35 000 bouteilles). Nous mettons toute notre expérience, notre connaissance au service de Petrus, un vin pour lequel nous n'avons pas le droit à l'erreur…" 

On ne peut que s'enthousiasmer sur ce Pomerol 2007, un grand vin, de robe brillante, très complet, avec une belle matière présente et savoureuse, aux senteurs de petits fruits noirs (cassis,prune), de cuir et de violette, de belle garde. Le 2006 est succulent mais encore fermé, avec ce nez légèrement épicé, avec des tanins bien présents qui commencent à peine à se fondre, aux nuances de myrtille et de truffe. Grandissime 2005, puissant, très complexe, d'une très grande structure, aux arômes persistants et subtils de petitsfruits rouges mûrs à noyau, de truffe, de cuir, très structuré, avec des tanins soyeux mais intenses, tout en distinction, de grande évolution. Le 2004 est splendide, dans la grande tradition bordelaise, et l'on ne peut que regretter que ce millésime se situe entre les 2005 et 2003, la mode risquant de le laisser à l'écart. À ses côtés, ce 2003, un vin dense, tout en harmonie, riche au nez, avec ces notes de mûre et d'humus, et des senteurs de cuir et de pruneau en bouche, aux tanins fermes mais toujours très savoureux, de grande garde.

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